Mont-Dore 2010 dimanche 7h du mat. « Salut Lionel peux-tu me prêter ton ordi que je visionne ma montée d'hier ? Bien sûr ! Alors tu vois là c'est à fond ! Et là aussi ? Oui aussi ! Et là ? Ça doit pouvoir ! Bou, mais c'est très chaud, la route fait 5 mètres de large et il y a des arbres et des rochers partout ! Ben oui mais c'est 2 dixièmes, c'est ça la côte mon pote ! » Lionel Régal champion de France et d'Europe de la montagne est mon ami. Je pense être suffisamment un professionnel du sport auto pour me permettre de donner mon avis sur cette discipline ! En tout cas après la nuit blanche qui a suivi l'accident de Lionel, il m'était impossible de rester muet ! Lors de l'épreuve du Limonest en 2009, Lionel m'a prêté gentiment une de ses F3000 pour essayer directement en course. Pour ceux qui ne le savent pas, une F3000 de côte c'est 500 CV, 500 KG, 250 KMH en quelques centaines de mètres et des pneus tellement tendres qu'ils ne tiennent que quelques kilomètres, et tout ceci chronométré sur une route de montagne. Croyez-moi dans ma vie j'ai essayé un paquet d'autos et fais pas mal de conn.... mais là c'est trop ! Une montée m'a suffi, pour la première fois j'ai rendu les clés. Dites ce que vous voulez, mais lorsque l'on met son nom sur une grille de départ, peu importe son niveau de pilotage, on veut être devant l'autre. Certes je suis d'un naturel peureux, mais là le danger de mort était vraiment présent. L'adrénaline que cela procure n'est pas comparable aux autres disciplines auxquelles j'ai participé, elle est une drogue forte à laquelle je n'ai pas voulu gouter. Avez-vous déjà remarqué le visage d'un Régal, un Petit, ou un Schatz juste au départ de la dernière montée ? Il n'est pas celui du pilote de GT ou de GP2. Loin de moi de critiquer les courses de côte ou les règlements techniques de la FFSA sur cette discipline, mon avis ne changera rien ! Mais juste dire aux pilotes de monoplace ou proto surpuissants qu'il est possible de prendre énormément de plaisir avec des véhicules plus raisonnables ! Certes une Porsche Cup, une Ferrari, restent des véhicules fermés mais très puissants dont le danger est aussi présent, mais tellement moins. Prendre un arbre de face à 60 KMH avec le plus gros et le plus sécurisé des 4X4, et vous êtes mort ou presque. Croyez-moi les performances réalisées en course de côte avec un véhicule si performant sont bien sur liées au matériel et ses réglages, mais il y a une part trop importante au courage, au culot, donc à la chance. Dans 1 an ou dans 10 ans, le règlement interdira ces véhicules, j'en suis sûr ; alors c'est aux pilotes de faire accélérer les choses, et éviter d'autres accidents. Ce n'est pas 20 ou 30 secondes de plus sur une montée qui feront fuir les spectateurs de la montagne ! Et ce sera toujours le meilleur qui l'emportera ! Mais c'est sûr, ces secondes sauveront des vies. La pression sur l'accélérateur que donnait Lionel dans ces grandes courbes était liée à son père, son courage, et pour son travail.
Jean Philippe Dayraut, le 16 août 2010
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